Une drôle de sensation nous envahit lorsqu’on arpente les ruelles étroites de lisbonne.
L’impression d’une grandeur éteinte.
D’une richesse en perdition
D’un joyau oublié laissé à l’abandon.
La vie de voyageur y est douce.
Celle d’habitants semble y être quelque peu plus rugueuse.
Il est surprenant de n’y croiser que peu de jeunes en dehors des heures nocturnes. Il est étonnant de voir tant de linges colorés sécher aux fenêtres et si peu d’activité dans ces rues que l’on
imagine facilement agité, il y a un temps.
Le temps y est fragmenté, tout comme la ville. Ici les lieux changent d’identité au fil de la journée. Cette place ombragée ou se retrouvent quelques vieillards autour d’une partie de carte est
encombrée de jeunes excités dès la nuit tombé. Ce quartier aux boutiques surprenantes et incongrues qui semblent changer au rythme des saisons. Il est arpenté par les urluberlus à la recherche
d’un habit original et coloré, d’une blouse, d’un tube de dentifrice ou d’une poignée de porte en chêne rouge, puis à la nuit tombée, il se vide tranquilement et devient presque mal famé le soir
venu.
Lisbonne nous surprend
Lisbonne nous enchante
Lisbonne chantonne tranquillement tandis que ses azulejos ternissent, s’effritent et disparaissent.
Nous vivons sans doute les derniers instants de cette âme qui appartient à ce Lisbonne abandonné. Prétendant au soutient de l’unesco, il y a de forte chance, au vu de la splendeur abîmée de cette
ville que des milliards soient investis afin de la réhabiliter. Effaçant à jamais son charme immaculé.
Certains ont comme jeu favori les enfants. On en fait, des brochettes, ça nous amuse un temps. Puis ça deviens trop grand alors au suivant.
Mon jeu favori c’est les voyages. Décoller, atterrir dans un ailleurs inconnu. Changer de repères, de normes, de températures et de couleurs de pierre. Changer d’inclinaison sur la terre, de
force de Coriolis.
Dire au revoir, tout quitter. Un temps.
Puis rentrer, tout retrouver. Ses repères, ses envies, ses amis. Bonjour.
Ranger le sac, laver les couleurs.
Garder une trace, un souvenir, une photo fétiche, un sac de sable fin, un petit cailloux.
Et ensuite penser au suivant. L’attendre, le sentir approcher. Le préparer mentalement. Là bas. Pourquoi ? parce que c’est comme ça.
Alors voilà. Je vous abandonne. Le petit dernier est sur le point de voir le jour, il arrive à terme. Depuis 9 mois, je le prépare. Avec envie, avec délice, en compagnie. Les contractions se font
sentir. L’excitation monte.
Quand notre cerveaux se désintègre tranquillement,
Un rien devient une drôle d’histoire.
Les gants mapa deviennent des chaussons et chercher ses lunettes est sans aucun doute l’activité la plus fréquente. Ne parlons pas de chercher la coupelle à fleurs, le fouet à blancs de neige ou
la rape à noisettes…
Mademoiselle M. vient d’acheter une maison. Comme un nouveau jouet, elle l’habille de mille couleurs. La pare de merveilles et de délicieux délices-des-yeux.
Entre l’univers enfantin du couloir bleu nuit et l’orange sanguine qui lui sert de salon, demoiselle M, anticipe ses vieux jours et annote tous les tiroirs de la cuisine, pour ne
plus jamais se perdre lorsqu’elle songe à se coller derrière les fourneaux.