Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 16:14

Après de long mois à errer ailleurs que sur cette page, un petit clin d'œil à celui qui persiste, qui se connecte tous les jours afin de connaitre le nouveau bout de vie choisi et qui bredouille repart, depuis un bout de temps déjà.

Une petite histoire, juste pour lui.

  

  

  

  

 peintures 0554

 

 

 

 

 

Aujourd'hui, il fait doux. Et, ce que je n'ai pas fait depuis longtemps, je décide que chaque élément d'une recette a son importance (pour ne pas faire de la psycho-socio-déontologie pédante, je vous zappe la métaphore hardie qui tenterai d'étendre ce geste à une nouvelle philosophie qui s'appliquerai à ma vie actuellement).

Me voilà en train d'élaborer un taboulé quand  mes yeux s'arrêtent circonspects sur "3 à 4 feuilles de menthe fraiche". Et merde, j'avais zappé que dans le taboulé il y avait de la menthe.

 

Un long moment s'en suivi: est ce que je fais sans menthe? Est ce que je fais avec menthe? Est ce que j'ai des sous? Mince, pas de sous dans le porte monnaie, tant pis ce sera sans menthe... mais un taboulé sans menthe, c'est comme un homme sans oreille. Tu peux pas enlever ses oreilles à un homme, comme ca consciemment... Non il me faut de la menthe... Oui mais ou?

 

Et c'est comme ca qu'a commencé ma grande épopée intitulé: "Où trouver de la menthe un dimanche de pâques?"

 

Hasardeuse, chaussée de mes petits souliers, je suis descendue de chez moi. A gauche ou à droite? Aller à droite pour changer (je prends tout le temps la gauche dans ce genre de situation... idéologiquement sans aucun doute).

1ere halte: l'épicerie arabe en bas de chez moi, ouverte 7j/7 de 9h à 00h avec laquelle je commence à tisser un certains lien de proximité, moi qui oublie toujours quelque chose quand je fais de "vraies" courses.

Pas de menthe. Un type avec des gros cernes tente de ranger trop de canettes de bière dans ses petits étales étriqués. J'essaie: "Bonjour, vous n'auriez pas de la menthe?". La réponse ne se fait pas attendre: NON. Comme vraiment j'ai décidé de ne pas laisser tomber la menthe je continue: "vous savez ou je pourrais en trouver?"

Qu'est ce que j'avais pas dit: nous voilà sure le trottoir tous les deux à essayer de visualiser ou il pourrait bien y avoir un vendeur habilité "menthe fraiche" ouvert un dimanche de pâques.

Et puis on rigole, parce que je comprends rien, je n'arrive pas à voir ou il veut m'embarquer avec son bras. Et hop, me voilà dans sa voiture à la recherche du vendeur de menthe, on passe par le Maroc, l'Egypte pour suivre la tribue berbère. On chevauche les chameaux enrubannés de bleu, le tout à moitié en arabe à moitié en berbère dans lequel s'entremêle un peu de français.

 

Et nous voilà échoué dans un quartier dont je ne soupçonnais pas l'existence, je ne sais même plus où: "salamalecoum, salam, salamecoum", tout le monde se salue avec respect, on entre dans une boucherie (une Boucherie !!) et là c'est sure, il y a de la menthe.

Je fais le tour du petit magasin où s'entremêle pleins de trucs qui sont pas de la viande: tissus, plats a tajine, pates de pistaches, boites à trucs et boites à machins, des sachets avec des trucs bizarres, du henné, des épices, pleins d'épices.

 

Pas de menthe. Pas de menthe. Pas de menthe. Pas de menthe?

 

Mais si il y en a, il vient de la cueillir, le boucher. "Tu en veux un bouquet?" euh... oui un bouquet.

C'est partie il passe la commande "un bouquet pour la demoiselle" en arabe avec du berbère mélangé (ça il me  l'a expliqué après, ils sont berbères tous les deux, mais pas de la même région, alors ils se comprennent pas toujours...)

Et un énorme bouquet sort de l'arrière boutique, il noue avec une herbe quelques bruns de menthe, l'emballe dans son papier de boucherie.

On en profite pour prendre des côtelettes d'agneau pour le tajine de ce soir, pour discuter de je ne sais quoi et hop, me voilà avec mon joli bouquet de menthe fraiche sur les genoux dans la voiture, retour Angers en passant par Casablanca et les montagnes plus au sud, l'histoire d'une immigration, de la difficulté à trouver du travail malgré les études, le pourquoi du comment de cette épicerie à cet endroit: "une défaillance de la société française qui ne sait pas faire de place aux ~autres~".

 

Et me voilà, les deux pieds dans ma rue, un peu déboussollée, avec mon bouquet de menthe serré contre moi.  

 

J'avais presque oublié qu'il y a sur cette planète des gens qui sont si chaleureux et accueillant, comme ça... juste pour le plaisir que beaucoup d'autres ont perdu, celui de partager.

 

 

 

 

Par maYa - Publié dans : Petits morceaux de vie choisis
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